Mardi 5 mai 05/05/2026
Boby Lapointe
Ta Katie t'a quitté
Ce soir au bar
De la gare
Igor hagard est noir
Il n'arrêt' guèr' de boir'
Car sa Katia,
sa jolie Katia
vient de le quitter
Sa Katie l'a quitté
Il a fait chou-blanc
Ce grand-duc avec ses trucs
Ses astuces, ses ruses de Russe blanc
"Ma tactique était toc"
Dit Igor qui s'endort Ivre mort au comptoir
Du bar
Un Russe blanc qui est noir
Quel bizarre hasard Se marr'nt
Les fêtards paillards du bar
Car encore Igor y dort
Mais près d' son oreille
Merveille Un réveil vermeil
Lui prodigue des conseils
Pendant son sommeil
Tic-tac, tic-tac
Ta Katie t'a quitté
Tic-tac, tic-tac
Ta Katie t'a quitté
Tic-tac, tic-tac
T'es cocu, qu'attends-tu?
Cuite-toi, t'es cocu
T'as qu'à, t'as qu'à t' cuiter
Et quitter ton quartier
Ta Katie t'a quitté
Ta tactique était toc
Ta tactique était toc
Ta Katie t'a quitté
Ôte ta toque et troque
Ton tricot tout crotté
Et ta croûte au couteau
Qu'on t'a tant attaqué
Contre un tacot coté
Quatre écus tout comptés
Et quitte ton quartier
Ta Katie t'a quitté
Ta Katie t'a quitté
Ta Katie t'a quitté
Ta Katie t'a quitté
Tout à côté
Des catins décaties
Taquinaient un cocker coquin
Et d'étiques coquettes
Tout en tricotant
Caquetaient et discutaient et critiquaient
Un comte toqué
Qui comptait en tiquant
Tout un tas de tickets
de quai
Quand tout à coup
Tic-tac-tic, et brrring!
Au matin quel réveil
Mâtin quel réveille-matin
S'écrie le Russe, blanc de peur
Pour une sonnerie... C'est une belle sonnerie!
Charles Trénet
L’âme des Poètes
Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues
La foule les chante un peu distraite
En ignorant le nom de l’auteur
Sans savoir pour qui battait leur cœur
Parfois on change un mot, une phrase
Et quand on est à court d’idées
On fait la la la la la la
La la la la la la
Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues
Un jour, peut-être, bien après moi
Un jour on chantera
Cet air pour bercer un chagrin
Ou quelqu'heureux destin
Fera-t-il vivre un vieux mendiant
Ou dormir un enfant
Tournera-t-il au bord de l'eau
Au printemps sur un phono
Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues
Leur âme légère, c’est leurs chansons
Qui rendent gais, qui rendent tristes
Filles et garçons
Bourgeois, artistes... ou vagabonds
A
Longtemps, longtemps, longtemps
C#m D Bm
Après que les poètes ont disparu
E7 Bm E7 Bm E7 A
Leurs chansons courent encore dans les rues
A
La foule les chante, un peu distraite
C#m D Bm
En ignorant le nom d'l'auteur
E7 Bm E7 Bm E7 A
Sans savoir pour qui battait leur coeur
A7
Parfois on change un mot, une phrase
D
Et quand on est à court d'idées
D#7 E7
On fait la-la-la-la-la-la
Bm E7
La-la-la-la-la-la
[Chorus]
A
Longtemps, longtemps, longtemps
C#m D Bm
Après que les poètes ont disparu
E7 Bm E7 Bm E7 A
Leurs chansons courent encore dans les rues.
[Bridge]
A
Un jour, peut-être, bien après moi
E7
Un jour on chantera
Bm E7
Cet air pour bercer un chagrin
Bm E7 E7(#5) A
Ou quelqu'heureux destin
A
Fera-t-il vivre un vieux mendiant
A7 D F#7
Ou dormir un enfant ?
Bm E7 Fdim7 F#m
Tournera-t-il au bord de l'eau
B7 E7
Au printemps, sur un phono ?
[Chorus]
A
Longtemps, longtemps, longtemps
C#m D Bm
Après que les poètes ont disparu
E7 Bm E7 Bm A
Leurs chansons courent encore dans les rues
E7 Bm E7 Bm
Leur âme légère et leurs chansons
E7 Bm E7 Bm
Qui rendent gais, qui rendent tristes
E7 A
Filles et garçons
D Bm
Bourgeois, artistes
E7 A
Ou vagabonds...
F
Longtemps, longtemps, longtemps
Am A# Gm
Après que les poètes ont disparu
C7 Gm C7 Gm C7 F
Leurs chansons courent encore dans les rues
F
La foule les chante, un peu distraite
Am A# Gm
En ignorant le nom d'l'auteur
C7 Gm C7 Gm C7 F
Sans savoir pour qui battait leur coeur
F7
Parfois on change un mot, une phrase
A#
Et quand on est à court d'idées
G7 C7
On fait la-la-la-la-la-la
Gm C7
La-la-la-la-la-la
[Chorus]
F
Longtemps, longtemps, longtemps
Am A# Gm
Après que les poètes ont disparu
C7 Gm C7 Gm C7 F
Leurs chansons courent encore dans les rues.
[Bridge]
F
Un jour, peut-être, bien après moi
C7
Un jour on chantera
Gm C7
Cet air pour bercer un chagrin
Gm C7 C7(#5) F
Ou quelqu'heureux destin
F
Fera-t-il vivre un vieux mendiant
F7 A# D7
Ou dormir un enfant ?
Gm C7 C#dim7 Dm
Tournera-t-il au bord de l'eau
G7 C7
Au printemps, sur un phono ?
[Chorus]
F
Longtemps, longtemps, longtemps
Am A# Gm
Après que les poètes ont disparu
C7 Gm C7 Gm F
Leurs chansons courent encore dans les rues
C7 Gm C7 Gm
Leur âme légère et leurs chansons
C7 Gm C7 Gm
Qui rendent gais, qui rendent tristes
C7 F
Filles et garçons
A# Gm
Bourgeois, artistes
C7 F
Ou vagabonds...
Gilbert Bécaud
Monsieur 100.000 volts qualifié ainsi par son énergie spectaculaire sur scène. J'adore chanter Bécaud !
L’important c’est la rose
Toi qui marches dans le vent
Seul dans la trop grande ville
Avec le cafard tranquille du passant
Toi qu’elle a laissé tomber
Pour courir vers d’autres lunes
Pour courir d’autres fortunes
L’important
L’important c’est la rose
L’important c’est la rose
L’important c’est la rose
Crois-moi
Toi qui cherches quelque argent
Pour te boucler la semaine
Dans la ville tu promènes ton ballant
Cascadeur, soleil couchant
Tu passes devant les banques
Si tu n’es que saltimbanque
L’important
Toi, petit, que tes parents
Ont laissé seul sur la terre
Petit oiseau sans lumière, sans printemps
Dans ta veste de drap blanc
Il fait froid comme en Bohème
T’as le cœur comme en carême
Et pourtant
Toi pour qui, donnant-donnant
J’ai chanté ces quelques lignes
Comme pour te faire un signe en passant
Dis à ton tour maintenant
Que la vie n’a d’importance
Que par une fleur qui danse
Sur le temps
Le p’tit oiseau de toutes les couleurs
Ce matin je sors de chez moi
Il m’attendait il était là
Il sautillait sur le trottoir
Mon Dieu qu’il était drôle à voir
Le p’tit oiseau de toutes les couleurs
Le p’tit oiseau de toutes les couleurs
Ça f’sait longtemps que j’n’avais pas vu
Un petit oiseau dans ma rue
Je ne sais pas ce qui m’a pris
Il faisait beau je l’ai suivi
Le p’tit oiseau de toutes les couleurs
Le p’tit oiseau de toutes les couleurs
Où tu m’emmènes dis
où tu m’entraînes dis
Va pas si vite dis attends-moi
Comme t’es pressé dis t’as rendez-vous dis
Là où tu vas dis j’vais avec toi
On passe devant chez Lucio
Qui me fait hé qui me fait ho
Je ne me suis pas arrêté
Pardon l’ami je cours après
Un p’tit oiseau de toutes les couleurs
Un p’tit oiseau de toutes les couleurs
Sur l’avenue je n’l’ai plus vu
J’ai cru que je l’avais perdu
Mais je l’ai entendu siffler
Et c’était lui qui me cherchait
Le p’tit oiseau de toutes les couleurs
Le p’tit oiseau de toutes les couleurs
On est arrivé sur le port
Il chantait de plus en plus fort
S’est retourné m’a regardé
Au bout d’la mer s’est envolé
J’peux pas voler dis j’peux pas nager dis
J’suis prisonnier dis m’en veux pas
Et bon voyage dis reviens-moi vite dis
Le p’tit oiseau de toutes les couleurs
Guy Béart
Guy Béart, le troisième B de la chanson française, avec Brassens et Brel est celui que j'ai le plus chanté. Je l'ai fait découvrir à de nombreux amis, car ce chanteur atypique à la voix singulière, a un répertoire très varié : l'humour, l'amour avec des chansons de rupture très fortes, l'espace, le rêve, la poésie, et les grands sujets sociétaux dirait-on aujourd'hui.
Le printemps sans amour
La la la la la la - la la la la la la la
Nous nous sommes dit BONJOUR
un matin du mois d'OCTOBRE
Les bourgeons de notre AMOUR
sont parmi les feuilles MORTES
Le printemps sans amour
C'est pas l'printemps
Il passe, pa - asse plus lourd
Que l' mauvais temps
Le mois d' mai sans s'aimer
C'est pas l' mois d' mai
Il faut pas trop se fier
Au calendrier
La la la...
Nous nous sommes AIMÉS L'HIVER
On avait rien à se METTRE
Moi, je voyais tout en VERT
J'ouvrais grandes les FENÊTRES
Nous avons COUPÉ LE FIL
Notre bouquet est en MIETTES
Voici v'nir le mois d'AVRIL
C'est la saison des FLEURETTES
J'ai froid en ce beau JUILLET
Je suis seul et je FRISSONNE
Dans la paille ENSOLLEILLÉE
Il ne viendra PLUS PERSONNE.
Quand on aime
Quand on aime, on a toujours raison.
Quel que soit le chemin, c'est le bon.
Moi qui prends les sentiers casse-cou,
une main soudain me mène à vous.
Quand on aime, on a toujours raison.
Quand le monde en folie tourne en rond
à travers les forêts de la nuit,
cette étoile est là qui me conduit.
Quand on aime, on a toujours raison,
tous les mots scintillent de rayons.
Quand Peau d'Âne parle simplement,
de sa voix tombent les diamants.
Quand on aime, on a toujours raison.
Notre clef dort sous le paillasson.
Par la porte ouverte à tous les vents,
le hasard heureux passe souvent.
Quand on aime, on a toujours raison,
Quand revien--drez-vous à la maison
J'attendrai vos pas dans l'escalier
Tout le reste je l'ai oublié
Quand on aime, on a toujours raison.
Jean Ferrat
C'est beau la vie
Le vent dans tes cheveux blonds,
le soleil à l'horizon
Quelques mots d'une chanson,
que c'est beau, c'est beau la vie
Un oiseau qui fait la roue
sur un arbre déjà roux
Et son cri par dessus tout
que c'est beau, c'est beau la vie
Tout ce qui tremble et palpite
tout ce qui lutte et se bat
Tout ce que j'ai cru trop vite
à jamais perdu pour moi
Pouvoir encore regarder
pouvoir encore écouter
Et surtout pouvoir chanter
que c'est beau, c'est beau la vie
Le jazz ouvert dans la nuit
sa trompette qui nous suit
Dans une rue de Paris
que c'est beau, c'est beau la vie
La rouge fleur éclatée
d'un néon qui fait trembler
Nos deux ombres étonnées
que c'est beau, c'est beau la vie.
Tout ce que j'ai failli perdre
tout ce qui m'est redonné
Aujourd'hui me monte aux lèvres
en cette fin de journée
Pouvoir encore partager
ma jeunesse, mes idées
Avec l'amour retrouvé
que c'est beau, c'est beau la vie
Pouvoir encore te parler, pouvoir encore t'embrasser, Te le dire et le chanter, oui c'est beau, c'est beau la vie.
La Montagne
Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver
Ils quittent un à un le pays
Pour s’en aller gagner leur vie
Loin de la terre où ils sont nés
Depuis longtemps ils en rêvaient
De la ville et de ses secrets
Du formica et du ciné
Les vieux, ça n’était pas original
Quand ils s’essuyaient machinal
D’un revers de manche les lèvres
Mais ils savaient tous à propos
Tuer la caille ou le perdreau
Et manger la tomme de chèvre
Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes
Jusqu’au sommet de la colline
Qu’importent les jours, les années
Ils avaient tous l’âme bien née
Noueuse comme un pied de vigne
Les vignes elles courent dans la forêt
Le vin ne sera plus tiré
C’était une horrible piquette
Mais il faisait des centenaires
À ne plus que savoir en faire
S’il ne vous tournait pas la tête
Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l’autre non
Et sans vacances et sans sorties
Les filles veulent aller au bal
Il n’y a rien de plus normal
Que de vouloir vivre sa vie
Leur vie, ils seront flics ou fonctionnaires
De quoi attendre sans s’en faire
Que l’heure de la retraite sonne
Il faut savoir ce que l’on aime
Et rentrer dans son H.L.M.
Manger du poulet aux hormones
Les Frères Jacques
La branche
Le soleil
est venu
Se poser ce matin sur la branche
Un oiseau
est venu
Se baigner de soleil sur la branche
Elle était
si fragile
Si ténue qu’elle ployait cette branche
Chaque instant
je croyais
Qu’elle allait se briser cette branche
C’est comme ça qu’on vit sa vie
On est sur une corde raide
À chaque instant, on croit qu’elle cède
Et puis un peu de soleil luit
et on oublie…
Qu’elle peut
se briser
À toute heure brusquement cette branche
Sur laquelle
on se tient
On s’accroche et on glisse et l’on flanche
Un oiseau
est venu
Se poser ce matin sur la branche
Il se baigne
au soleil
Doucement insouciant se balance
Sur la branche
C’est comme ça qu’on vit sa vie
On est sur une corde raide
À chaque instant, on croit qu’elle cède
Et puis un peu de soleil luit
et on oublie
Maxime Leforestier
Un petit jeune sur les pas de Brassens qui maintenant fait partie des grands artistes du siècle dernier. Une très belle carrière.
La petite fugue
C'était toujours la même
mais on l'aimait quand même
La fugue d'autrefois,
qu'on jouait tous les trois
On était malhabiles,
elle était difficile
La fugue d'autrefois,
qu'on jouait tous les trois
Eléonore attaquait le thème au piano
On trouvait ça tellement beau
Qu'on en oubliait de jouer pour l'écouter
Elle s'arrêtait brusquement et nous regardait
Du haut de son tabouret
Elle disait reprenez à fa mi, fa mi ré
Souviens-toi qu'un violon fut jeté sur le sol
Car c'était toujours le sol
Qui gênait Nicolas quand il était bémol
Quand les voisins commençaient à manifester
C'était l'heure du goûter
Salut Jean-Sébastien et à jeudi prochain
Un jour Eléonore a quitté la maison
Emportant le diapason
Depuis ce jour
nous n'accordons plus nos violons
L'un après l'autre
nous nous sommes dispersés
La fugue seule est restée
Mais chaque fois que je l'entends,
c'est le printemps
Michel Sardou
Les lacs du Connemara
Terre brûlée au vent
Des landes de pierres
Autour des lacs, c'est pour les vivants
Un peu d'enfer, le Connemara
Des nuages noirs qui viennent du nord
Colorent la terre, les lacs, les rivières
C'est le décor du Connemara
Au printemps suivant,
le ciel irlandais était en paix
Maureen a plongé
nue dans un lac du Connemara
Sean Kelly s'est dit "je suis catholique",
Maureen aussi
L'église en granit de Limerick,
Maureen a dit "oui"
De Tipperary, Barry-Connelly et de Galway
Ils sont arrivés dans le comté du Connemara
Y avait les Connors, les O'Connolly,
les Flaherty du Ring of Kerry
Et de quoi boire trois jours et deux nuits
Là-bas, au Connemara
On sait tout le prix du silence
Là-bas, au Connemara
On dit que la vie, c'est une folie
Et que la folie, ça se danse
Terre brûlée au vent
Des landes de pierres
Autour des lacs, c'est pour les vivants
Un peu d'enfer, le Connemara
Des nuages noirs qui viennent du nord
Colorent la terre, les lacs, les rivières
C'est le décor du Connemara
On y vit encore
au temps des Gaëls et de Cromwell
Au rythme des pluies et du soleil
Aux pas des chevaux
On y croit encore aux monstres des lacs
Qu'on voit nager certains soirs d'été
Et replonger pour l'éternité
On y voit encore
Des hommes d'ailleurs venus chercher
Le repos de l'âme et pour le cœur,
un goût de meilleur
L'on y croit encore
Que le jour viendra, il est tout près
Où les Irlandais feront la paix autour de la Croix
Là-bas, au Connemara
On sait tout le prix de la guerre
Là-bas, au Connemara
On n'accepte pas
La paix des Gallois
Ni celle des rois d'Angleterre
Nadau
Los de qui cau
Que’m soi lhevat lèu de la taula,
Qu’aví de partir tà Bordèu,
Shens díser arren, eth que m’espiava,
Era que m’a balhat sheis ueus.
N’aurèi pas pro de la mia vita,
N’aurèi pas pro de cent cançons,
Entà’us tornar ua petita
Part de çò qui m’an balhat, tots.
Que son los mens
Drets sus la tèrra
Que van tot doç suu caminau,
Lo camp laurat que huma encuèra
Que son los mens, los de qui cau
Ne hèn pas a la loteria,
N’atenden pas hèra deu cèu,
Sonque dilhèu, combat lo dia,
E de poder dromir la nueit.
Ne saben pas la grana Història,
Qu’aidan los chins a vàder grans
E qu’an au hons de la memòria
Tots los qui son passats abans.
Que son los mens
Ne hartan pas jamei lo monde,
Son pas sovent sus lo jornau,
Sonque un còp tà viéner au monde,
E tà plegar, qu’ei lo dusau.
Son aquiu, quan lo temps s’estanca,
Au correder de l’espitau,
En esperar las daunas blancas,
A s’espiar los soliers tròp naus
Que son los mens
La nueit que cad sus Labohèira,
Entà Bordèu, jo que me’n vau,
Qu’ensaji de boishar lo vèire,
Mès n’ei pas suu vèire qui plau.
Adishatz donc, tots los de casa,
Siatz hardits, ne’n soi pas mei,
Que volí díser, en quauquas frasas
Çò qui non disetz pas jamei.
CEUX QUI SONT CE QU’IL FAUT QU’ILS SOIENT
Je me suis levé tôt de la table,
Je devais partir à Bordeaux,
Sans rien dire, lui me regardait,
Elle, elle m’a donné six œufs.
Je n’aurai pas assez de ma vie,
Je n’aurai pas assez de cent chansons,
Pour leur rendre une petite
Part de ce qu’ils m’ont donné, tous.
Ce sont les miens,
Debout sur la terre,
Ils vont lentement sur le chemin
Le champ labouré fume encore,
Ce sont les miens, ceux qui sont ce qu’il faut qu’ils soient
Ils ne jouent pas à la loterie
Ils n’attendent pas grand chose du ciel,
Rien que, peut être, du combat le jour,
Et de pouvoir dormir la nuit.
Ils ne savent pas la grande Histoire,
Ils aident leurs enfants à devenir grands,
Et ils ont au fond de la mémoire,
Tous ceux qui sont passés avant.
Ils ne saoulent jamais les autres,
Ils ne sont pas souvent sur le journal,
Rien qu’une fois pour venir au monde,
Et la deuxième pour plier.
Ils sont là, quand le temps s’arrête
Au couloir de l’hôpital,
En attendant les dames blanches,
A se regarder les souliers trop neufs.
La nuit tombe sur Labouheyre,
C’est à Bordeaux que je m’en vais,
J’essaie d’essuyer la vitre,
Mais ce n’est pas sur la vitre qu’il pleut.
Au revoir donc, tous ceux de la maison,
Soyez forts, je n’en suis plus,
Je voulais dire, en quelques phrases,
Ce que vous ne dites jamais.